Illétrique

Publié le par Perséphone

Il y a peu près deux semaines, j'ai sentit le picotement de l'écriture re-effleurer mes doigts après une longue panne sèche. Je vous propose donc ce début de nouvelle, qui reste en suspens :

 

Illéttrique
Je suis cloîtrée derrière une immense fenêtre circulaire dont les contours sont gravés de symboles dont je ne connais pas la signification. Je sais simplement que je suis derrière cette fenêtre et que les vitraux fumés ne m'empêchent de voir le paysage. Le ciel, les dents des montagnes, les éclairs tombant dans un agréable et violent fracas, le soleil maître du monde et la lune maître de l'ombre. Qu'est ce que ses triangles inachevés ? Ses bâtons ? Ses croix ? Je ne sais pas. Je suis illéttrée mais je préfère le terme " illéttrique ". Ne pas pouvoir lire et écrire ça a de quoi nous rendre hystérique, électrique, volcanique... Je ne parle pas non plus, mais cela reste une décision personnelle, je n'aime pas parler, alors. Toutes ses formes incompréhensibles, j'essaye toujours de les décripter mais en vain. Des feuilles par centaines jonchent le sol, une écriture fine et légère les recouvre, aujourd'hui pour la énième fois je prends le papier à lettre et regarde attentivement, rien n'a changer ce n'est que de l'encre. Alors tel un mercenaire assoiffé de sang, j'ouvre brutalement la boîte en peau tapissé de velours, à l'intérieur mon fameux coupe papier. Je plante l'arme en pleurant jusqu'à ce qu'il ne reste plus que des miettes, de petites miettes ridicules. M'allongeant sur le tas de macabés en me passant les mains dans les cheveux : un bout de lettre mal déchiré. Le coupe papier est juste à côté, je pourrais réduire ce morceau en miniscules miettes, mais l'espoir d'arriver à lire m'emporte. Un trait verticale surmonté d'un ventre, un rond avec à sa droite une virgule inversée, comme un arbuste n'ayant qu'une branche et une vipère suivie d'un pieu avec un point au dessous. Voilà ce que lis et je me trouve idiote à interpréter des lettres comme des dessins infantiles. Quelqu'un m'envoie des mots depuis près de vingt ans, mon âge, je regarde sans comprendre depuis près de quatorze ans. C'est long et lassant, c'est rageux et assassinant. Car oui ne pas pouvoir s'exprimer est horrible, il y a bien le dessin mais je n'ai ni pinceau, ni crayon, ni toile, ou alors la danse sans musique, ni envie, ou encore la comédie mais sans écriture... Je ne peux pratiquer aucun art, et sans art et bien je m'ennuie. 

 

Publié dans ✎Ecrits✎

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pyrausta 27/01/2014 15:43

Une jolie écriture urgente qui donne envie pour une suite

kobe 26/01/2014 18:11

Bravo tu as grandit dans ton écriture j'ai hâte d'en connaître davantage ♥

Clémence 26/01/2014 14:18

J'ai tellement envie de connaître la suite ! Tu écris merveilleusement bien !
Tu es passée sur mon blog alors je te rends visite ...
Clémence (123fimotez)